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mercredi 6 novembre 2024

Jeanne d'Ÿ

 Jeanne d'Ÿ





J’avais donc définitivement quitté mon presbytère, avec eux deux, mes deux moines, le mardi matin suivant et ils m’avaient présentée aux deux fermiers, deux frères très âgés, l’un d’eux était alité, pratiquement mourant, un moribond, l’autre n’était guère mieux, mais au moins il était debout. Les deux moines étaient repartis presque aussitôt.

— Et vous allez me laisser là, avec ces vieillards ? dis-je assez apeurée par la situation plus qu’insolite.

— Jeanne, c’est une occasion d’avoir un emploi où tu seras seule à aider ces deux vieux paroissiens...

— Mais je suis loin de tout...

— Jeanne, mais tu as besoin de quoi ? Ils sont fermiers, ils ont tout ce qu’il faut, un jardin avec des légumes, des volailles, des porcs, des vaches pour le lait, mais aussi des brebis et des chèvres si tu veux faire du fromage... Que veux-tu de plus ?

— Mais que dois-je faire ? demandai-je les larmes aux yeux d’être abandonnée à mon triste sort.

— Jeanne ! répondit Marguerin en me fixant. Crois-moi, c’est pour ton bien, je suis sûr et certain que tu vas être très heureuse ici. Le village Touquerant n’est pas grand, deux ou trois maisons, mais tu es dans la plus belle des trois, la plus grande, avec un beau terrain...

— Mais tout ça est à ces vieux messieurs, ces deux frères...

— Jeanne, ils n’ont pas de descendance, ils n’ont pas de famille...

— Mais je ne comprends pas ! dis-je étonnée.

— Jeanne, ils nous ont demandé si nous connaissions une jeune femme qui mériterait d’être leur héritière... Écoute bien, ma Jeanne, ces deux messieurs veulent que tu hérites de tout ce que tu vois là...

— Mais je ne les connais pas du tout, je n’avais même pas entendu leur nom avant de venir ici ! ...

— Comme nous te l’avons dit, ils n’ont plus personne qui vient les voir depuis de nombreuses années...

— Mais que dois-je faire ?

— Je crois, continua l’abbé Lemonnier, que tu devras te marier avec...


37e roman de François-Xavier David où Jeanne d’Ÿ vit près de Granville où elle est née, puis abandonnée, du moins, le croit-elle. Violée à 12 ans jusqu’à accoucher à 14 ans d’une enfant mort-née, elle s’enfuit et va vivre au presbytère de Bréhal avant d’être mariée à un vieillard mourant. Jeanne d’Ÿ hérite de tout, mais aussi des secrets du vieil homme, son défunt mari, et du frère de ce dernier mort quelque temps après. Jeanne deviendra, au fil des années, une mère comblée et riche après avoir découvert ses origines.



vendredi 17 mai 2024

François de La Roche

François de La Roche



Je venais encore une fois de me réveiller, une fois de plus, dans cette petite chaumière que je connaissais parfaitement bien à présent. Étrangement, l’intérieur était toujours le même, la même disposition dans les trois pièces, le même décor parfois plus vieilli, la même luminosité, la même cheminée où crépitait toujours un feu dévorant quelques bûches de bois sec et une fois de plus, je constatai que, si je sortais au-dehors par la seule porte, le paysage avait, comme souvent, changé de tout au tout.
Une fois encore, une fois de plus, j’avais changé de lieu, d’époque aussi certainement, sans jamais savoir si j’avançais dans le temps ou si je revenais sur mes pas...
Le miroir de la chambre, d’une grandeur plus qu’honorable, et laissant me voir plus que de tronc, me permit de constater que, malgré certains changements auxquels je pouvais m’attendre, je ne prenais pas une seule ride. Incroyablement, j’étais toujours le même.
J’appréhendai cette sortie que je devais bien faire à un moment donné de cette nouvelle journée. Je voulais savourer l’instant présent et attendre encore quelques minutes afin de tenter de me remémorer mon passé, pas si lointain pour moi, puisque je n’avais dormi qu’une nuit, mais tellement éloigné de la réalité qui voulait se présenter à moi au-delà de cette porte que je me refusais à franchir dans l’immédiat.
Toujours devant mon reflet, je regardai ma tenue, la même que la veille, ça non plus ça n’avait pas changé. Je me rappelai parfaitement bien comment je m’étais couché avant que je ne rende mon dernier souffle, avant que je ne meure encore une fois.
Je soulevai ce qui me restait de chemise, un lambeau tacheté de sang, une quantité impressionnante avait dû s’écouler de la plaie, mais je constatai toujours avec la même stupéfaction, que la blessure qui avait causé ma mort prématurée, ce coup de couteau violent reçu près du cœur avait totalement disparu, une fois de plus...
Si le sang s’était manifestement répandu en abondance, causant alors ma mort, tout avait encore disparu, pas même une cicatrice que je cherchais du bout du doigt, des doigts, les laissant se frayer un chemin dans la pilosité foisonnante de ma poitrine, mais rien, pas même une légère douleur, même à peine perceptible, comme cette petite sensation de picotement, rien du tout.


35e roman de François-Xavier David où le personnage principal après de multiples vies n’arrive pas à mourir ; pourtant ses morts successives sont très souvent violentes, mais il se réveille toujours âgé de 29 ans, au même endroit, dans le même lit, sous le même plafond, près de la même porte à la même poignée, et une fois dehors, toujours les mêmes marches et le même puits. C’est après ce puits qu’une nouvelle vie recommence pour mourir à nouveau avant de revivre encore. Il traversera alors les siècles jusqu’à connaître enfin l’explication sur ces plus de quatre siècles d’existence.


  • Éditeur ‏ : ‎ Amazon KDP (21 mars 2024)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 495 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 249480616X
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2494806160


mercredi 19 juillet 2023

Lieutenant Jan Cocheril

 

Lieutenant Jan Cocheril : 

Gendarme à Rennes 

1790-1799


Saga Jan Cocheril, Tome III




« Lieutenant Cocheril ! Vous...

—  Oh ! Plus de Jan ! Plus de tu ! Une simple visite chez le directeur, prêt à me virer, retournement de situation, volte-face du commandant en second ? Ma foi, les choses semblent changer très rapidement.

—  Ne jouez pas avec moi, Cocheril ! dit-il énervé.

—  Moi, jouer ? Mais qui joue ? Qui m’appelle Jan et me dit tu ? Qui me dit maintenant Cocheril et vous ? Ça semble bien vous amuser tout ça, non ? Je n’ai rien fait que répondre à des questions à un vieil homme venu chez moi et que je ne connaissais pas encore il y a plus d’une heure de cela. Qu’ai-je fait d’illégal ?

—  Vous n’aviez pas à parler avec lui. Pourquoi est-il venu, d’ailleurs ?

—  Mon épouse l’avait rencontré et il est venu chez nous !

—  Elle racole ou quoi ?

Je vis rouge, j’étais sur le point de le frapper quand Pierre s’interposa.

—  Jan ! Non, surtout pas ça...

—  Pardon, Jan ! s’excusa sincèrement Simon. Je suis allé trop loin, je n’aurais jamais dû dire ça, d’ailleurs je ne l’ai même pas pensé. C’est la colère qui...

—  Mais quelle colère, Simon ? Qu’ai-je fait, bon Dieu ? Depuis que je suis arrivé ici, c’est comme si on voulait me réduire à néant.

Je m’assis à ma table de travail, saisis un papier vierge et la plume et commençai à rédiger une lettre.

—  Tu fais quoi, Jan ? demanda Pierre sous les yeux éberlués de Simon.

—  Une lettre de démission, j’en ai marre, je ne peux pas continuer ainsi ».

 


Suite à son honorable classement de sortie à l’école de la Maréchaussée, lui donnant droit au premier choix devant tout le monde, Jan se retrouve affecté d’office à Rennes, dans l’école qu’il espérait plus que tout quitter rapidement. Servan du Rocher, toujours là, toujours présent, l’oblige à une année d’officier en école avant de rejoindre la brigade centrale de Rennes. Jan doit apprendre le métier, non plus comme élève, mais comme meneur d’hommes avant de le remplacer à la brigade de Saint-Malo. Seulement voilà, Jan, égal à lui-même, va vivre les affres de la Révolution, de la Terreur et les angoisses quotidiennes d’un mari, d’un jeune père de famille, d’un ami également.



Après la parution du deuxième tome de la saga Jan Cocheril, François-Xavier David nous offre le troisième dans la chronologie de l’histoire de ce jeune paysan orphelin, fils aîné d’un père, marin dans la Royale de Louis XVI, qui a péri en mer en 1781, au large des Antilles, toujours en quête d’un avenir meilleur pour lui et sa famille.

  • Éditeur ‏ : ‎ AFNIL (5 novembre 2022)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 599 pages
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2958428426

Je parlerai aux fleurs déposées sur ta tombe

  Je parlerai aux fleurs déposées sur ta tombe J’avais machinalement levé l’index. — Oui ! Je vous écoute ! — Mathis Jézéquel, je viens de R...